Portrait

Laudamus veteres sed nostris utimur annis

"Nous louons les anciens, mais nous sommes de notre temps"

tiré d'Ovide - Fastes 1,225

 

Le Collège St-Michel est une école publique et laïque du secondaire 2 préparant aux études universitaires. Il est situé au cœur de la ville de Fribourg sur la colline du Belzé. Il s'agit d'un lycée mixte et bilingue (français, allemand) qui compte environ 1200 élèves. A côté des classes gymnasiales, l'école abrite également la Passerelle, une formation d'adultes proposée aux détenteurs d'une maturité professionnelle ou spécialisée. La renommée du Collège St-Michel, fondée en 1582, s'étend bien au-delà du canton de Fribourg et de nombreuses personnalités s'y sont formées.

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Souvenirs d'un ancien élève, journaliste et écrivain

Voici comment Léon Savary (1895-1965), ancien élève, devenu écrivain de talent voyait son Collège:

« Je suis allé à Fribourg le jour de la "rentrée". Aux Places, j'ai longuement regardé les collégiens qui montaient à St-Michel. Comme ils nous ressemblent ! [...] Ils montent vers St-Michel comme j'y montais jadis, avec les mêmes espoirs, les mêmes illusions, la même confiance mal placée dans la vie. Je les salue dans mon coeur. Jeunes camarades d'aujourd'hui, ne voyez pas dans notre collège une prison ni une vulgaire école. C'est notre maison bien aimée, celle qui abrite nos années précieuses, celle qui restera le foyer de notre intelligence quand nous n'aurons plus de maison paternelle. Celle qui veille, forteresse lumineuse, depuis quatre siècles, sur notre ville, ma ville, loin de laquelle je suis comme un exilé. La maison à laquelle j'apporte ici l'hommage d'une humble tendresse. »

(Savary Léon, Le Collège St-Michel, Colombier, Editions Attinger, 1932, p. 137)

Histoire du Collège

Fribourg doit le Collège St-Michel à plusieurs hommes, dont le Pape Grégoire XIII. Conscient de l'importance d'une telle institution, c'est lui qui en signe l'acte de fondation avant même que les principaux intéressés, les jésuites, n'aient accepté le projet. Le prévôt Pierre Schneuwly, responsable de la «petite école» fribourgeoise, constate que les jeunes Fribourgeois poursuivent leurs études à Berne ou à Lausanne, d'où ils reviennent protestants. Il s'allie au nonce, l'énergique évêque de Verceil, Jean-François Bonhomini, bras droit, dans cette affaire, de St-Charles-Borromée. Ensemble, ils vont tout mettre en œuvre pour faire venir les jésuites à Fribourg. Ils doivent vaincre la crainte des autorités et la résistance des religieux. Néanmoins, ceux-ci ne disposent pas de forces suffisantes et le financement n'est pas assuré. Ils devront, par conséquent, s'incliner devant la volonté du Pape, qui fait appel à leur vœu d'obéissance.

Les deux premiers Pères, Pierre Canisius et Robert Andrew, arrivent à Fribourg en décembre 1580. Le 18 octobre 1582, les classes s'installent dans des locaux provisoires à la rue de Lausanne. Le P. Pierre Michel en devient le premier Recteur. Commence alors une longue bataille autour de la construction des nouveaux bâtiments d'autant plus que la situation financière et politique de Fribourg ne permet pas une avance rapide des travaux. Aussi, si la première pierre est posée en 1585, faudra-t-il attendre 1660 pour l'achèvement définitif des bâtiments. Ce sont le rayonnement de Pierre Canisius et la détermination de quelques magistrats qui parviennent à vaincre tous les obstacles.

Canisius restera au Collège St-Michel jusqu'à sa mort, le 21 décembre 1597. Sa simple présence est une garantie pour le projet de l'école. Dès lors, à chaque rumeur de départ, la ville entière est en alerte. Pourtant, il achève son œuvre littéraire, y ajoute des vies de saints locaux et obtient l'installation du premier imprimeur de Fribourg. Toujours, il prêche et administre les sacrements, tant que la santé le lui permet, marquant de son esprit aussi bien le Collège que le pays.

Il s'ensuit que les élèves peuvent emménager en 1596 dans une première aile. Le succès est immédiat: deux cents élèves s'y inscrivent; ils seront six cents un siècle plus tard. Y sont enseignées les humanités, latin, grec, grammaire et rhétorique. Les sciences y sont développées ainsi que le théâtre, outil pédagogique apprécié. Au 17e siècle viennent s'ajouter deux classes de philosophie. Il est à noter que les jésuites suscitent les progrès de leurs élèves non seulement par la piété, mais aussi par l'émulation.

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L'école, hier et aujourd'hui

L'approche de la révolution marque le début d'une période troublée pour le Collège qui ne retrouvera sa stabilité qu'à la fin du 19e siècle. L'internat accueille bon nombre de jeunes gens de toute la Suisse, voire de l'étranger. Après le départ de l'ordre des jésuites, le relai avait été pris par les prêtres diocésains qui ont assuré l'essentiel de l'enseignement jusque dans les années 1970. De cette époque datent les principales mutations qui ont fait de l'établissement un Collège cantonal moderne, donnant accès à tous les types de maturité reconnus par la Confédération suisse. Désormais, il n'y a plus d'internat. De plus, ouvert aux filles comme aux garçons, le Collège St-Michel est confié à un corps enseignant laïc. Il reste néanmoins fidèle à sa devise «Laudamus veteres, sed nostris utimur annis» qui incite les jeunes à se projeter dans l'avenir dans le respect des œuvres du passé.

Un ensemble architectural

Construit à partir des plans du P. Giovanni de Rosis, plusieurs fois remaniés après la mort de Saint Pierre Canisius, le Collège St-Michel n'a rien perdu de sa beauté. Aussi, vaut-il la peine de s'arrêter sur la grande place devant l'église ou de se balader dans la tranquillité du jardin de la cour intérieure pour contempler l'harmonie des façades. C'est un bel exemple d'architecture sobre et élégante.

Couloirs

Dans les couloirs, 400 ans d'histoire se dévoilent dans les tableaux de jésuites, de recteurs, de papes, de pères de l'Eglise, de bienfaiteurs et d'élèves célèbres.

 

 

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Chapelle mortuaire

Dans l'aile nord, au rez-de-chaussée, le visiteur est invité à se recueillir dans la chambre que Saint Pierre Canisius occupa pendant la dernière année de sa vie. En 1636 déjà, elle fut transformée en chapelle. Les boiseries réalisées à cette occasion, par l'atelier de Jean-François Reyff, sont remarquables.

Chapelle St-Ignace

La chapelle St-Ignace se trouve au-dessus de la sacristie. Avant la construction de l'aile ouest du bâtiment (1660), elle n'était accessible que par un étroit escalier en colimaçon. C'était, pour les Pères jésuites, un lieu de méditation et de recueillement. Les événements importants de la vie de St-Ignace de Loyola, fondateur de l'ordre des jésuites, y sont reproduits sur un cycle de tableaux. Hier comme aujourd'hui, ceux-ci invitent le croyant à entrer dans la relation familière à Jésus, qui caractérisait la piété de St-Ignace.

Eglise St-Michel

L'Eglise St-Michel est le joyau du Collège. Construite entre 1606 et 1613 dans un gothique tardif, elle fut totalement transformée au 18e siècle en une église rococo. Ses fresques, centrées autour de l'archange éponyme, racontent l'affrontement du bien et du mal ainsi que le salut offert aux hommes par Jésus-Christ. Le pèlerin y vient vénérer les reliques de Saint Pierre Canisius; celles-ci se trouvent aujourd'hui dans le gisant sous le maître-autel.

Premières constructions

Un urgent besoin de développer l'instruction s'est manifesté au 16e siècle en pays fribourgeois. Le Pape Grégoire XIII (Ugo Buoncompagni, élu en 1572) a joué un rôle éminent dans la fondation de St-Michel. En effet, c'est lui qui en a promulgué la charte en ces termes :
«Notre amour paternel envers les Suisses nous pousse à assurer le salut de leurs âmes et leur fidélité à la foi catholique; c'est pourquoi [...] nous érigeons et instituons à perpétuité dans la ville de Fribourg un collège pour un recteur et quelques-uns de ses confrères, lesquels devront y instruire le peuple dans la salutaire doctrine et les bonnes moeurs et donner l'exemple d'une vie chrétienne.»
En 1580, deux Pères de la Compagnie de Jésus, Canisius et Andrew, sont appelés à Fribourg pour asseoir le futur Collège et, en 1581, le gouvernement local attribue la colline du Bisée (ou Belzé) aux jésuites. C'est là que le Collège s'élèvera progressivement. Aussi, si, le 18 octobre 1582, les premiers cours sont dispensés dans des locaux provisoires sis à la rue des Hôpitaux-Devant (actuellement, rue de Lausanne), en mars 1596, les jésuites quittent-ils ladite rue pour prendre possession de leurs nouveaux bâtiments.

De 1610 à 1962

En 1610, la messe est célébrée pour la première fois en l'Eglise du Collège. L'afflux d'élèves, au début du 19e siècle, conduit à la construction, de 1829 à 1838, du Lycée. Plus tard, on agrandit l'internat par la construction de l'aile occupée actuellement par la cafétéria, le foyer des professeurs et des salles de classe. Entre 1960 et 1962, un bâtiment résolument moderne est ajouté dans le prolongement du Lycée, le long de l'ancien rempart. Les élèves ne tardent pas à le baptiser "aquarium".

Dernières modifications

En 1972, les élèves peuvent profiter d'une nouvelle construction, située en contrebas du Collège, côté Varis. Il s'agit du complexe sportif. En outre, à partir de 1978 sont entrepris, dans les bâtiments historiques, d'importants travaux de rénovation tant intérieurs qu'extérieurs. Ceux-ci prennent fin avec la réouverture du Lycée, en 1991. Par ailleurs, dès l'automne de cette même année, la place du Collège devient un lieu de séjour, de récréation et d'activités sportives, interdite aux voitures. Quant à "L'Aquarium" et au complexe sportif, ils créent un contraste heurté avec les vieilles demeures historiques du Collège.

Les Domaines du Collège

Lorsqu'il s'agit de fonder le Collège en 1582, des obstacles financiers surgissent. En effet, si les terrains de la colline du Belzé sont peu coûteux et si le concours de l'Etat et des communes est acquis pour bâtir le gymnase, les jésuites se demandent comment ils vont pouvoir faire vivre les Pères établis à Fribourg et pourvoir à leur entretien matériel. Il faut donc que le Collège soit doté de biens qui rapportent des revenus réguliers. Cela sera rendu possible grâce au Pape Grégoire Xlll, qui a la volonté inflexible de faire construire ce Collège. Il décide alors de rédiger la Bulle «Paterna illa charitas» (26 février 1582) par laquelle il donne au Collège St-Michel tous les biens du couvent de Notre-Dame d'Humilimont de Marsens. Le Collège devient donc propriétaire de champs, de forêts, de pâturages et de vignes, suffisants à l'entretien des Pères jésuites y enseignant.

Lorsque le régime radical dissout l'ordre des jésuites à Fribourg en 1847, il s'empare de tout ce qu'il peut. Il saisit les bâtiments du Collège, l'Eglise et la bibliothèque, mais pas les archives que les jésuites amènent en Allemagne. Tous les autres biens immobiliers, situés dans les campagnes fribourgeoises et vaudoises, sont des propriétés de l'Etat qui en dispose à sa guise. Il en conserve certains et en accorde d'autres au Collège St-Michel.

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Aujourd'hui, les biens suivants sont toujours des propriétés du Collège:

  • à Charmey, l'Alpage de «Tissinevaz» et de «Plan de Tissinevaz»
  • à Sorens, le domaine de «En Pépin»
  • à Vaulruz, le domaine de «Sur Tercier» et «Les Molettes» (photo ci-dessus)
  • à Arconciel, le domaine de «Monteynan» et de «Petit-Pesez»...